In this Advent reflection, Fr. Marc Rastoin, SJ, invites readers to a discerning contemplation of hope in the midst of the uncertainties of our age. In addressing the struggle between faith and the contemporary crisis of meaning, he reflects on how welcoming new life becomes an act of spiritual discernment, a choice that testifies to trust in the God who sustains all creation and calls humanity to a deeper participation in His creative love.
Notre monde vit un changement d’époque dont l’une des caractéristiques est que le mythe du progrès éternel et invincible s’effrite peu à peu. Les ressources naturelles s’épuisent et le réchauffement climatique se fait chaque année plus tangible et inquiétant. Dans ce contexte, accueillir un enfant dans le monde devient de plus en plus une décision délicate et qui suppose une forme d’espérance et même de foi.
De nombreux jeunes déclarent vouloir refuser d’introduire de nouveaux humains dans le monde. Certes, il peut être facile de brocarder cette attitude en relevant ce que cette opinion pourrait abriter d’individualisme et d’égoïsme. Pourtant, il ne faudrait pas mépriser trop rapidement ce raisonnement. Olivier Clément, un théologien converti adulte à la foi, avait vu avec une impressionnante lucidité notre kairos sur ce point. Il écrivait en 1975 : « On comprend l’hésitation des jeunes. Il y avait dans la continuité biologique, dans sa quasi fatalité, comme une foi réelle, mais aveugle, mais imposée. Un jour viendra sans doute où il faudra une foi consciente pour oser mettre un enfant au monde ».[1] Oui ! Se marier et avoir des enfants n’est plus aujourd’hui une évidence naturelle ou culturelle. Révolution colossale dans l’expérience de l’humanité. Car accueillir l’enfant, c’est croire que la vie vaut la peine d’être vécue, que la vie est un don qui mérite d’être donné à son tour. Malgré les ombres du monde, malgré le mal, à la fin, « all shall be well, and all manner of thing shall be well” comme disait Julian de Norwich. Non pas que l’humanité ou la planète finiront bien ! Nous avons tous les signes du contraire. Mais la foi que Dieu tient toute vie entre ses mains et qu’il prendra soin de toute vie jusqu’au bout. Un Fils est né pour nous le dire. Les chrétiens ne mettent pas des enfants au monde parce qu’ils auraient une confiance naïve et archaïque en ce que le monde ira mieux. Non, ils accueillent des enfants parce qu’ils croient en la bonté de Dieu pour tous les vivants. Ils croient que Dieu veut la vie de ses fils par-delà la mort. Car, comme le rappelle le théologien Philippe Lefebvre, la question de fond de l’humanité est depuis toujours: « Le fils doit-il mourir ? Un fils est-il donné pour la mort ?»[2]. Dieu veut-il vraiment la vie du fils ? Le croire peut parfois être un long combat. Nous croyons que la vie vaut la peine d’être vécue parce qu’il y aura toujours moyen d’aimer et de donner sa vie. Quels que soit l’état du monde. Oui, il n’est pas étonnant que les croyants soient aujourd’hui en Occident parmi les rares familles qui accueillent des enfants. Cela touche à l’essence de leur foi et de leur espérance, ces deux vertus si étroitement liées selon Benoit XVI : « Dans certains passages [bibliques], les mots ‘foi’ et ‘espérance’ semblent interchangeables »[3]. Il en est qui deviennent eunuques pour le royaume pour témoigner de l’absolu de Dieu à la façon du Christ. Demain, et dès maintenant, certains auront des enfants pour dire leur foi indéfectible en la valeur de la vie et en la puissance de Dieu qui accueillera toute vie en Lui comme Il désira recevoir en Lui la Vierge Marie à la toute fin de sa vie, alors que, toute mission accomplie, elle ne servait, à vues humaines, apparemment, plus à rien.




